petit déjeuner

C’est samedi, c’est l’après-midi, ce matin j’étais à la mer. Belle mer haute, des vagues, des petits surfeurs, une pêcheuse à la ligne. C’est un énorme goéland qui m’a réveillé en se prenant le pare-brise avant de ma voiture. Je suis sortie en catastrophe pour aller le voir, il était assommé. J’allais lui mettre de l’eau sur la tête quand il a ouvert les yeux. Il a sursauté, s’est dégagé et s’est mis à me crier dessus. Non mais qu’est-ce que je faisais là, c’était n’importe quoi, fallait le faire quand même et sortez moi les papiers, on va faire un constat, ça va pas se passer comme ça. Je suis allée chercher les documents pour constater l’accident, c’est vrai que j’avais pas vraiment le droit de me garer là, c’était sans doute une voie de vol très prisée, dans le contrebas d’une petite dune toute jolie, oh c’était pas de chance. J’ai ouvert la boîte à gants, j’ai pris les papiers et j’ai pris la brioche que j’avais rangée là et j’ai tout posé sur le capot pour qu’on s’y mette. La vue de la brioche l’a happé. Il a pris un gros bout avec son bec bien habile en perçant le sac en plastique d’un seul coup. J’ai sorti le réchaud pour faire un café. Il s’appelait Georges, il habitait là depuis plus de vingt ans, il était né sur l’île de la Genétaie et il était arrivé par là quand il avait découvert les biscuits. O oui l’emballage, pénible coquille. Il avait chopé un paquet de palets bretons une fois dans un coffre ouvert. Ca avait été la révélation, il se souvenait encore du shoot du sucre dans ses papilles. Il ne mangeait pas la coquille qu’il ne digérait pas du tout. Mais, alors, l’intérieur… Ce combinage des saveurs, ce tournoiement pour le coeur… Ce jour là j’ai vu des crevettes rouges dans mon plumage et les rochers ont chanté le blues a-t-il chanté haut et fort. Il avait pris une envolée dès la semaine suivante jusqu’au continent où il savait qu’il en trouverait en plus grand nombre que sur l’île. Il y retournait de temps en temps pour aller prendre des nouvelles. Il fallait bien dire qu’il y en avait pas tant que ça des gâteaux à chiper mais qu’il avait quand même de la chance, comme ce matin par exemple, qu’il était bien content et qu’il avait à faire, qu’il prenait le reste de la brioche, et bonne journée.
Le silence a pris sa place. Le café coulait dans la cafetière supérieure, j’ai brûlé les papiers du constat avec la petite flamme du réchaud. Je me suis servie un café, j’ai rangé les affaires qui traînaient dans la voiture, j’ai posé la petite tasse de café sur un rocher et j’ai bougé la voiture rapido, histoire de ne pas refaire d’accidents. J’ai rejoint la tasse, je me suis installée pour petit déjeuner. J’étais au-dessus de la plage, le soleil se levait tout juste. Des centaines de grands grevelots boustifaillaient des puces de mer. J’ai calé la tasse dans ma ceinture et me suis baladée jusqu’à l’eau pour me tremper les pieds et voir si c’était baignable. Et c’était trop froid. J’ai fait demi-tour, je suis allée m’assoir, j’ai fait un petit trou dans le sable et j’ai élevé un superbe petit monticule au milieu. Je regardais ce que relevait la pêcheuse. J’ai bien vu des poissons mais quels poissons ? Des poissons-sons. Je suis allée lui demander en partant. Elle avait pêché quatre sars. Il paraît que c’est très bon. Et ben tant mieux. Ceci dit, j’ai l’impression que tout est bon dans la mer. Il y a des poissons qui sont moins bons que d’autres mais est-ce qu’il y a des animaux pas bons ? On peut manger les méduses et même les algues. Faudra que je regarde.