air bisous

On n’a pas pleuré quand on s’est dit à tout à l’heure. Je lui ai tendu un petit bruant en papier pour lui donner du courage et de la force, et il est parti.
J’ai dû dormir trois ou quatre heures, aucun bruit ne m’avait réveillé. Quand je me suis réveillée la nuit arrivait, et ce n’était pas du tout normal que R ne soit pas rentré. J’ai crié très fort à l’intérieur de moi, sans faire de bruit. Toujours être bien invisible. Mission sans revolver juste prendre une poignée de bruants et attendre. J’ai scruté l’horizon depuis notre fenêtre, des mouches sur mes doigts. Les bruants, par terre, ne faisaient pas de bruit.
Je n’arrivais plus à les animer.
Au bout de quatre jours j’ai écrit «je suis partie» sur la table. Puis j’ai guetté une camionnette qui passerait au niveau de la fenêtre.
Au cinquième jour j’ai sauté dedans. J’avais très faim. Cinq jours de tétanie débile et je suis une petite boule qui ne sait plus déplier un bras.
Le chemin est tout cassé de partout, je me cache sous une petite bâche. Et je vais dormir un peu. R. parle aux bruants et les bruants lui répondent. Je tends ma main et ils s’y déposent tendrement. On habite tout près les uns des autres dans un hameau mais je mange aussi un gros bruant rôti.
Ca me réveille. Je suis à l’arrêt, je descends, c’est tout désert.
Il y a un hangar. Je passe le doigt sur un mur recouvert de moisissures vertes et j’écris «air bisous». Puis je rentre à l’intérieur.