J’ai du sable entre les orteils dans mes baskets noires toutes neuves. Du sable dans les cheveux aussi. J’ai mis du sable dans la voiture, sur la banquette, sur le sol, partout. Dans le boitier de vitesse aussi, c’est sûr. Il va grincer, il va se casser un de ces quatre et on se rendra compte que du sable dans les roulements a fait des cassures partout.
Je défais patiemment mes lacets et j’enlève mes chaussures. Un horde de puces de mer s’en libère, me saute à la face comme un cornet surprise. Il va falloir qu’elles mutent en puces de forêt pour vivre ici. J’ai fait une petite plage de sable avec ce que j’ai sorti de mes baskets, ça leur fait un petit paysage pour s’habituer. Je passe mes doigts entre chacun de mes orteils en chantonnant l’air de la Lambada en méga ralenti. Un premier «LA» faisant une montée d’orteil pour qu’ensuite un deuxième «LA» fasse la descente. L’ensemble des Lalalalala du refrain me permet de faire plusieurs aller-retour. Le cul posé sur l’aile droite rutilante de ma voiture, je réintègre mes chaussures, ravie. Je soulève mon sac et trifouille dedans à l’aveugle à la recherche d’un ticket de carte bancaire, d’un vieux mouchoir à jeter. Je trouve quelques petites choses comme ça et je les mets dans ma poche. Je marche jusqu’à la poubelle. Dix mètres à tout casser. Je lève un peu le nez, je regarde aux alentours de mon observatoire. Les garants de l’ombre sont des grands saules pleureurs qui chatouillent les toits des autos du parking. Moi je ne suis pas à l’ombre, c’est pour ça que j’ai chaud. Au moins un mystère d’élucidé. Ma petite voiture-malle-géante va se dorer au soleil tout l’après-midi. La fine couche de mousse qui se développe sur la carrosserie isolera l’habitacle et la multitude d’affaires qu’il y a dedans. Je bois un peu d’eau, je me décrotte le nez. Je mets mes lunettes de soleil, je les enlève. Un gros chat orange fait son entrée et s’assoit pas très loin de moi. Il se gratte l’oreille. On se regarde, je me gratte l’oreille moi aussi et on se fait un clin d’oeil. Il y un petit camion gris et jaune tout hachuré, tout joli, derrière. Ca me donne envie d’offrir un cadeau à Nicoletta. J’ouvre la voiture. En premier j’attrape un éventail bleu, avec une armature en plastique et une marque de transporteur sur le tissus. C’est pratique mais pas très joli. J’ai envie de lui offrir une chanson. Juste une seule chanson, avec une chorégraphie. J’écris «La Lambada» sur un bout de papier, et «Toe dance» au verso. Je ferme la voiture et puis j’y vais.